(Afin de lire la partie précédente du commentaire du Ramban sur la Paracha, cliquez ici.)

32:5 "Vous parlerez ainsi à mon seigneur, à Ésaü : 'Ainsi parle ton serviteur Ya'aqov'."

Il (15) leur commanda de dire: « Nous appartenons à notre seigneur Ésaü » ou « Nous avons été envoyés à sa rencontre ». Ils [devaient également] lui dire : «  Ainsi parle ton serviteur Ya'aqov : 'J'ai séjourné chez Laban...'. » (16). Cela est semblable à [ce qui est écrit plus loin dans notre] Paracha (17): « Lorsqu'Ésaü, mon frère, te rencontrera et te demandera : 'À qui es-tu ?' » (18).

Il se peut également qu'en leur présence, Ya'aqov appela [son frère] « mon seigneur Ésaü » [et que cette façon de faire consistait à] les mettre en garde de ne pas mentionner [le nom] d'Ésaü autrement qu'avec respect, même lorsqu'ils ne se trouvaient pas en sa présence. [Selon Ya'aqov, cet objectit pouvait être atteint dans la mesure où ses serviteurs] voyez que leur seigneur l'appelait « mon seigneur ».

Sachez que le respect que Ya'aqov afficha à l'égard de son frère – en lui disant avec crainte « mon seigneur » et « ton serviteur » – s'explique par la coutume qui consiste pour le plus jeune frère à montrer son appréciation et son respect à l'égard du premier-né, comme s'il était son père.

Cela correspond à l'allusion qui est faite également par la Tora selon laquelle : « Cela inclut ton plus grand frère » (19). De fait, Ya'aqov avait pris son droit d'aînesse et sa bénédiction et Ésaü était resté vindicatif à son égard à cause de cela. [C'est pour cette raison] que maintenant, [Ya'aqov se comportait à l'égard d'Ésaü] comme si cette vente n'avait pas eu lieu et que selon lui, elle était nulle. [Il conservait pour cela l'attitude que l'on doit avoir envers] le premier-né et un père afin d'ôter tout sentiment de haine dans le cœur [d'Ésaü].

32:6 "Et j'ai envoyé pour annoncer à mon seigneur..."

Selon Rachi : « Afin de t'informer que je viens vers toi ; pour obtenir faveur à tes yeux car je suis bien disposé à ton égard et que je cherche ton amour. »

[Rachi] désire nous dire que [cette portion du verset] ne fait pas référence à celle qui la précède et que [Ya'aqov] dit : « J'ai envoyé [tous ces cadeaux] pour annoncer à mon seigneur... » que je cherche à « obtenir faveur à ses yeux » et que je ferai tout ce que mon seigneur me commande (19).

[Cependant], il est plus exact de dire que [cette portion du verset] fait référence à celle qui la précède [et signifie] : « J'ai envoyé [tous ces cadeaux] pour annoncer à mon seigneur » que je suis riche, que je possède des biens et des avoirs et que j'en ferai ce que tu souhaites et désires. » (20).

[En agissant de la sorte, Ya'aqov] faisait allusion au fait qu'il enverrait [à Ésaü] un cadeau [de ses nombreuses possessions] ou qu'il pouvait prendre ce qu'il désirait de ce qu'il lui avait déjà envoyé. Ainsi, lorsque [Ésaü] demanda (21) : « "Qu'est ce que toute cette troupe, venant de ta part, que j'ai rencontrée ?" Il [Ya'aqov] répondit : "Pour obtenir la bienveillance de mon seigneur".»

32:7 "Les messagers revinrent près de Ya'aqov en disant..."

Ces messagers avaient rempli leur mission, mais la Tora (22) ne signale pas ce fait car cela n'aurait servi à rien. Et la raison de [l'expression] "Lui-même vient à ta rencontre" est pour nous dire que de la même façon que tu vas à sa rencontre, il va à la tienne et vous allez vous rencontrerer dans peu de temps.

Suite...

(15) Le Patriarche Ya'aqov.

(16) Verset 6 qui suit.

(17) Verset 18.

(18) Lorsque Ya'aqov dit à ses serviteurs les paroles qu'ils devaient adresser à Ésaü.

(19) En d'autres mots : selon Rachi, l'expression « J'ai envoyé pour annoncer à mon seigneur... » est le début d'un sujet nouveau et ne fait pas référence à la richesse de Ya'aqov qui est décrite au début du même verset. Si cela n'était pas le cas, on pourrait se poser la question suivante, selon Rachi : de quelle façon la description de sa richesse – qui précède l'expression « J'ai envoyé pour annoncer à mon seigneur... » – aurait-elle permis à Ya'aqov d'obtenir la grâce aux yeux d'Ésaü ?

(20) En d'autres termes, selon le Ramban, l'expression « J'ai envoyé pour annoncer à mon seigneur... » fait bel et bien référence à la partie précédente du verset et signifie que l'intention de Ya'aqov était de faire miroiter sa richesse aux yeux de son frère et de lui dire qu'il pourrait l'utiliser à sa guise. On comprend dès lors la façon dont Ya'aqov espérait obtenir la grâce aux yeux d'Ésaü.

(21) Genèse 33:8.

(22) Littéralement : « Les Écritures ».

(Extrait de l'ouvrage à paraître aux Éditions Sichy : "Commentaire du Ramban sur la Paracha" ).

Questions sur la Paracha Vayichla'h

Approfondissez vos connaissances en répondant à ces questions :

  • Selon le Ramban, quel enseignement historique peut-on apprendre de notre Paracha ?

  • Le Patriarche Ya'aqov a-t-il eu raison d'envoyer des messagers en direction d'Esaü ?

  • Quels rapports doit-il exister entre un père, un frère aîné et un frère cadet ?
  • Selon le Ramban, quelle raison Ya'aqov avait-il de décrire sa richesse à son frère Ésaü ?