44:18 "Que ton serviteur fasse entendre une parole."

Ici, l'intention [de Yehouda] est de dire qu'il prononcerait seulement quelques mots et que cela ne tourmenterait pas [Joseph].

Selon moi, [l'expression] « une parole » fait référence à [ce que Yehouda propose plus loin à Joseph, c'est-à-dire] à l'échanger lui [Yehouda] contre son frère Benjamin. De fait, [Yehouda] ne demandera rien d'autre [à Joseph] et toutes ses autres paroles sont des mots de raccomodement et de requête liés [à cet échange].

"Et que ta colère n'éclate pas contre ton serviteur."

[En d'autres termes], il veut dire : « Ne sois pas agacé par le fait que je te parle ».

"Car tu es l'égal de Pharaon."

[En d'autres termes, il veut dire] : « C'est avec une grande peur que je te parle, comme si je parlais à Pharaon ».

44:19 "Mon seigneur avait interrogé ses serviteurs."

Je ne connais pas la raison de la longueur de l'intervention de Yehouda dans laquelle il raconte ce qui s'était déjà passé entre [lui et Joseph].

En ce qui concerne ce qu'on dit nos Sages (1) – que leur mémoire soit bénie – [en guise d'explication des paroles de Yehouda] « Est-ce là l'examination [à laquelle mon seigneur faisait référence] lorsqu'il a dit : "Amenez-le moi, que je l'examine" (2) », il ne s'agit pas d'une affirmation [exacte].

De fait, un dirigeant (3) qui ordonne qu'un individu soit amené devant lui, ne le fait pas à la condition de le libérer des mauvaises actions qu'il pourrait faire. Cela est encore plus vrai [si l'on pense] au vol de la coupe dans lequel [le dirigeant] buvait et qui avait été volée de la maison du roi (4).

[De plus, nous devons admettre] qu'au début, il [Joseph] avait adopté une attitude positive à son égard [i.e. de Benjamin] en lui disant : « que D-ieu te soit favorable » (5). [Joseph] organisa pour eux tous un festin en son honneur, il leur donna des cadeaux (6); il leur donna des vivres « autant qu'ils peuvent porter » (7) pour une valeur supérieure par rapport à l'argent qui lui avaient donné, tel que je l'ai expliqué. Que pouvait-il faire de plus pour lui ?!

Il me semble – selon l'interprétattion simple du texte – que [la longue intervention de Yehouda] n'est qu'une suite de requêtes [dont l'objectif était] d'éveiller la compassion [de Joseph]. De fait, Yehouda pensait [que Joseph] était un homme qui craignait D-ieu, tel qu'il lui avait dit (8) et dans la mesure où il s'était comporté à leurs égards avec compassion – [à l'image d'une personne] qui craint de pécher – et qu'il les avait consolé pour la peine qu'il leur avait causée (9).

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(1) Midrach Berechith Rabbah 93:5.

(2) Verset 21de notre Paracha.

(3) Comme l'était Joseph.

(4) Voir dans la Paracha précédente, 44:1-13.

(5) Dans la Paracha précédente, 43:29.

(6) Ibid. 43:31-43.

(7) Ibid. 44:1.

(8) Ibid. 42:18.

(9) Ibid. 43:23.

(Extrait de l'ouvrage à paraître aux Éditions Sichy : "Commentaire du Ramban sur la Paracha" ).

Questions sur la Paracha Vayigach

Approfondissez vos connaissances en répondant à ces questions :

  • Est-ce que le Ramban connait avec certitude la raison de la longue intervention de Yehouda ?

  • Joseph a-t-il montré des gestes d'attention à l'égard de ses frères ?