(Afin de lire la partie précédente du commentaire du Ramban sur la Paracha, cliquez ici.)

L'expression « ho'il Moché »(24) signifie qu'il « désira » leur expliquer la Tora. Ceci est mentionné afin de nous informer qu'il considéra par lui-même qu'il convenait d'agir de la sorte, même si Dieu ne le lui avait pas commandé. Le mot « ho'il » est lié aux expressions : « Puisses-tu désirer (ho'el) rester encore cette nuit »(25), « Combien désirions-nous (ho'alnou) rester sur l'autre bord du Jourdain »(26), ainsi que de nombreuses autres expressions.

1:2 "Il y a onze journées depuis le Horeb, en passant par le mont Séir, jusqu'à Kadéch-Barnéa".

La raison pour laquelle la Tora (27) [indique ces lieux] est de porter à notre connaissance l'étendue du désert.

De fait, la distance qui sépare le Horeb – qu'ils avaient quitté – de Kadéch-Bernéa représente seulement onze jours [de marche] car en passant par le mont Séir, les deux sont à peu de distance. Kadéch-Barnéa se situe à la fin du désert, au bord « des monts amorréens »(28), qui représentent l'héritage d'Israël. Ce sont les territoires de Sihon et Og, sur lesquels [Moïse] expliqua la Tora « dans la vallée qui fait face à Beth-Peor »(29).

Ensuite, il est dit qu'ils empruntèrent le chemin des monts amorréens, « ce long et redoutable désert »(30). Après cela, il est rapporté qu'à Kadéch-Bernéa – qui se situe à l'extrémité de leur héritage – les espions formulèrent leur demande (31). Leur avancée fut alors interrompue et ils empruntèrent le chemin « de la mer des Joncs »(32) – « en rétrogradant au lieu d'avancer »(33) – afin d'y parachever quarante années.

Dans la mesure où Israël ne se trouvait pas à ce moment-là dans le désert – puisqu'ils étaient déjà entrés sur le territoire de Moab qui a été mentionné précédemment – Onkelos interprète [les expressions] « dans le désert, dans la plaine... »(34) comme étant autant d'allusions aux remontrances (35) [que Moïse formula à leur égard]. De plus, pour quelle raison tous ces lieux sont-ils mentionnés et autant de signes et de frontières indiqués ? Tout cela est plus qu'il en faut lorsqu'il s'agit d'une vente d'un terrain !

Selon Onkelos, la raison est la suivante : « Ce sont là les paroles que Moïse adressa à tout Israël en deçà du Jourdain » [signifie que Moïse] parla « dans la plaine » et « en face de Souf, entre Pharan et Tofel, Labân, Hacéroth et Di-Zahab » et « il y a onze journées depuis le Horeb » car il leur mentionna tout ce qu'ils avaient fait dans ces endroits.

Ensuite (36), la Tora (37) signale qu'à cet endroit – en deçà du Jourdain qui a été mentionné – Moïse désira expliquer la Tora après les avoir blâmer ; il dit alors : « L'Éternel notre Dieu nous avait parlé au Horeb en ces termes...»(38). C'est ainsi que cela est interprété dans le Sifré, selon l'opinion de Rabbi Yehouda. Cependant, selon Rabbi Yossi ben Durmakis, [Moïse] ne fit que citer le nom de chacun de ces endroits.

Suite...

(24) Idem. Pour les commentateurs (dont Rachi) qui sont d'avis que le début de notre verset (« Ce sont là les paroles ») fait référence aux remontrances, l'expression « ho'il Moché » signifie que Moïse « commença » à exposer les remontrances qui sont effectivement signalées à partir du verset suivant.

Cependant, cette option n'est pas possible pour le Ramban, selon lequel les premiers mots de notre verset font référence aux commandement qui seront signalés plus loin dans le texte. Ainsi, le Ramban comprend l'expression « ho'il » comme voulant dire « désirer ». En d'autres termes, Moïse « désira » expliquer la Tora. La raison pour laquelle Moïse ne put le faire de suite est expliquée par le Ramban à propos de notre verset.

(25) Juges 19:6.

(26) Josué 7:7.

(27) Littéralement : les « Écritures ».

(28) Verset 7.

(29) Verset 4:29.

(30) Verset 19.

(31) Verset 22.

(32) Verset 2:1.

(33) Jérémie 7:24.

(34) Verset 1 : « Ce sont là les paroles que Moïse adressa à tout Israël en deçà du Jourdain, dans le désert, dans la plaine en face de Souf, entre Pharan et Tofel, Labân, Hacéroth et Di-Zahab».

(35) En d'autres termes : chaque indication d'un lieu précis fait référence à la mauvaise attitude qu'ils adoptèrent en ce lieu.

(36) Au verset 5.

(37) Littéralement : les « Écritures ».

(38) Verset 6.

(Extrait de l'ouvrage à paraître aux Éditions Sichy : "Commentaire du Ramban sur la Paracha" ).

Questions sur la Paracha Devarim

Approfondissez vos connaissances en répondant à ces questions :

  • L'expression « Ce sont là les paroles » (1:1) fait-elle référence aux remontrances ou aux commandements (« mitswoth ») qui sont inscrites dans le livre du Deutéronome (selon Rachi et selon le Ramban)?

  • Quelle est la condition pour que l'explication de la Tora et l'achèvement des commandements puissent-ils être réalisés ?
  • Les pays de Moab et de Sihon étaient-ils éloignés ou proches l'un de l'autre ?
  • Quelle est la différence d'interprétation - entre Rachi et le Ramban - de l'expression « ho'il Moché »?