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21:12 "[Elle] ve'asta ("se coupera" ou "laissera pousser") les ongles"."

Selon l'opinion de nos Sages (19), selon lesquels tout cela sert à diminuer sa beauté, [le verset signifie] qu'Il a ordonné qu'elle enlève ses beaux vêtements car parmi les non-juifs – maudits soient-ils – leurs filles se faisaient belles – en temps de guerre – dans le but de se prostituer avec [leurs ennemis].

Elle doit se raser la tête – ce qui représente une grande honte – et se couper les ongles car la coutume des femmes est [plutôt] de les laisser pousser et de les peindre à l'aide d'un vernis ou [d'une autre forme] de teinture. La Tora (20) fait référence à la coupe [des ongles en utilisant le verbe] « 'assia »(21) car on coupe les poils des jambes et ceux de la moustache comme les ongles, lorsqu'ils poussent.

Il me semble [que le terme « 'assia »] est une forme abrégée, [la Tora] étant habituée à raccourcir les sujets qui vont de soi. La signification [du verset](22) « il n'avait point soigné ('assa) ses pieds ni fait ('assa) sa barbe » est que [Mephiboseth] ne leur avait pas fait ce qui devait l'être. Ceci est une allusion au rasage des poils des jambes et de la barbe ou au lavage des pieds eux-mêmes.

Ceci est également l'opinion de Yonathan ben Uziel selon lequel [ce verset] signifie : « Il n'avait pas lavé ses pieds ni tailler sa moustache.

De la même façon, « [elle] ve'asta (se coupera) les ongles »(23) signifie qu'elle doit faire ce qui est [habituellement] fait aux ongles (24). Et selon les commentateurs (25), la signification de « 'assia » est celle de « réparer ». Cela est également le sens de l'expression (26) « se hâta de l'accommoder (la'assoth) ».

La raison [des lois liées à la femme captive qui sont indiquées] dans notre Paracha (27) est qu'elle s'est convertie contre sa volonté (28) et que personne ne lui a demandé si elle désire abandonner sa religion et devenir juive comme cela est [habituellement] fait avec les personnes qui se convertissent. Le [futur] mari lui dit plutôt qu'elle doit observer les lois d'Israël contre son gré et abandonner sa croyance.

Ceci est la raison pour laquelle il est écrit (29): « [elle] pleurera son père et sa mère », car elle abandonne son peuple et ses dieux. Ceci est l'explication de Rabbi 'Aqiva, selon lequel [l'expression] « son père » signifie l’idolâtrie tel qu'il est dit (30): « Ils disent au bois: "Tu es mon père !" à la pierre : "C'est toi qui m'as donné la vie !"»(31).

D'une façon générale, [on peut dire qu'] elle est en deuil car elle abandonne sa religion et qu'elle rejoint un autre peuple.

Il se pourrait qu'un tribunal rabbinique [lui impose] de s'immerger [dans un miqwé (32)] contre sa volonté, comme est le cas pour les esclaves (33). D'autre part, dans la mesure où elle se convertit d'une façon qui n'est pas habituelle, [il se pourrait que la Tora (34)] la garde éloignée [de son futur maître] pendant tout ce temps (35).

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(19) Sifré Tétsé 11.

(20) Littéralement : « les Écritures ».

(21) Dans notre verset.

(22) Samuel II 19:25.

(23) Notre verset.

(24) C'est-à-dire : les couper.

(25) Rachi, Metzudat David à propos de Samuel II 19:25.

(26) Genèse 18:7.

(27) C'est-à-dire : les lois qui lui demandent d'adopter une attitude similaire à celle de deuil.

(28) Ainsi, le Ramban ne partage l'opinion du Rambam, selon lequel (Hilkoth Melakhim 8:5-7) si la prisonnière désire se convertir, elle se marie avec le soldat juif, tandis que si elle ne désire pas se convertir, elle est renvoyée dans sa famille.

(29) Verset 13.

(30) Jérémie 2:27.

(31) Ceci permet d'expliquer la raison pour laquelle elle pleure, même si son père n'est plus en vie. De fait, l'expression « mon père » fait référence à son dieu.

(32) c'est-à-dire : une sorte de piscine qui est utilisée pour les immersions rituelles.

(33) Lorsqu'une personne juive achetait un esclave non-juif, celui-ci devait s'immerger avant de pouvoir commencer à servir son nouveau maître.

(34) Littéralement : « les Écritures ».

(35) Afin de lui donner le temps d'oublier sa croyance et l'environnement dans lesquels elle évoluait auparavant et de s'habituer au chemin nouveau qu'elle s'apprête à prendre.

(Extrait de l'ouvrage à paraître aux Éditions Sichy : "Commentaire du Ramban sur la Paracha" ).

Questions sur la Paracha Ki Tétsé

Approfondissez vos connaissances en répondant à ces questions :

  • Un soldat juif avait-il le droit de prendre pour lui-même - en temps de guerre - une femme prisonnière ?

  • La prisonnière devait-elle être belle - selon des critères objectifs - ou suffisait-il qu'elle fut belle aux yeux du soldat ?

  • Quelle est la différence d'opinion entre Rachi et le Ramban à propos du comportement que la prisonnière devait adopter ?

  • La prisonnière se convertit-elle parce qu'elle le désire ?

  • La prisonnière doit-elle réellement pleurer son père ?